7 - Torfi

Torfi

Installation techniques mixtes - Sandra Coullenot (2022)

Cette installation est une reproduction plastique d'un mur en tourbe en techniques mixtes. Elle nous permet de proposer une tourbologie, à savoir une étude de la maison par le matériau tourbe qui la constitue et qui est issu d’un écosystème spécifique. De ce muret naît Torfi, un personnage-bloc-de-tourbe. Il s'échappe de son mur quand bon lui chante pour découvrir le monde et nous expliquer le sien... celui de l'Islande et de son patrimoine bâti. Il peut être tourmenté, ne trouvant parfois pas sa place dans notre monde. Mais il demeure créatif et coopératif. 

L’architecture en tourbe est rustique, toujours changeante et faite de malfaçons. L’ensemble peut être dissymétrique. Mais chacun de ces vices de construction font de chaque maison un lieu unique. De manière directement empirique, la terre et l’herbe des blocs de tourbe offrent mille nuances au bâti : des verts, des bruns, des jaunes, des noirs, des gris et de rouges qui changent au fil des saisons. Les parois et le toit des maisons sont en évolution chromatique permanente. Il en est de même pour la texture : à l’extérieur comme à l’intérieur, on ne peut réprimer son envie de toucher le bâtiment. 

Le matériau tourbe issu des tourbières pouvait servir de combustible ou être aussi utilisé comme matelas et comme selle. Le système des racines de la tourbe constitue un enchevêtrement résistant. Le meilleur matériau est celui qui ne contient pas de sable. En revanche, la présence d’argile est un avantage pour la construction. La tourbe est par conséquent un bon matériau de construction, idéalement adaptée au climat nordique qui peut être extrême. Elle était facile à se procurer et c’était autrefois un avantage précieux pour une ferme que de pouvoir s’approvisionner en tourbe à proximité...

Même si elle a traversé les siècles grâce au maintien régulier des bâtiments et à la perpétuation d’un savoir-construire, la maison en tourbe se définie essentiellement par son caractère éphémère. Arraché à son milieu, le matériau va poursuivre son cycle de vie tel un organisme vivant. Mais il va naturellement se décomposer et mourir petit à petit. C’est entre autre le climat qui va déterminer sa plus ou moins rapide détérioration. Ainsi, plus de bâtiments en tourbe sont préservés dans la région Nord qu’au Sud, où l’on a privilégié des constructions en pierres adaptées à l’humidité. En observant la maison vieillir, on se rend compte qu’elle peut être un indicateur de l’identité de l’environnement et de sa santé. La durée de vie d’une maison en tourbe s’est considérablement réduite. La maison en tourbe illustre alors la métaphore de la vie : elle connaît une naissance et une mort. S’il a fallu compter le labeur de vingt générations pour arriver à la dernière phase constructive de la torfhús, les maisons en tourbe modernes ont dû être réparées une à deux fois par génération. 

La maison en tourbe a pendant de nombreux siècles été l’habitat commun ancré dans le territoire islandais. Elle est devenue il y a peu une demeure singulière en passant par une phase de marginalisation puis de patrimonialisation, tant bien que mal. Architecturalement, elle est aujourd’hui observée comme une utopie architecturale, une anarchitecture. Dans le cas de l’architecture en tourbe, le continuum mur-sol n’est pas totalement assuré : la maison est ancrée dans le paysage mais l’enracinement ne se refait pas complètement. Par ailleurs, l’activité géologique et volcanique de l’île n’est pas sans poser de problème à l’habitat. 

En Islande, les réalisations architecturales ont répliqué ingénieusement les courants du continent tout en faisant très tôt preuve d’inventivité et de création. Si au début du 20e siècle l’habitat moderne en dur a fait son apparition, nous avons vu qu’il n’a pas pour autant été fait table rase de l’architecture employant le matériau tourbe. L’architecte Einar Bjarki Malmquist constate un intérêt renouvelé pour les matériaux, les savoir-faire et le vernaculaire dans la pratique de l’architecture contemporaine. Bien sûr on ne construit plus intégralement en tourbe, cependant des projets tendent à montrer qu’il y a des inspirations explicites. 

 

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