La recherche de l’UJM s’expose à la Biennale !

Sommaire

La Biennale Internationale Design de Saint-Etienne 2022

Organisée par la Cité du design, la XIIe Biennale Internationale Design de Saint-Étienne aura lieu du 6 avril au 31 juillet 2022 sur le thème des Bifurcations. Ce thème est né d’une intuition à propos d’un désir répandu fortement chez les designers de « changer de société », de « réorienter le futur ».

La crise historique, sans précédent, du COVID-19 a précipité cette prise de conscience collective : le 17 mars 2020, la France a bifurqué radicalement, et en temps record, le déroulé de nos vies a changé, expérimentant à notre tour le ralentissement généralisé. L’expérience du confinement vécue mondialement, en même temps, est devenue exceptionnelle et bouleversante.

À partir de cette épreuve, penser les bifurcations dans le cadre de la XIIe Biennale Internationale Design de Saint-Étienne 2022 devient non plus un simple exercice mais un enjeu qui mobilise toute la profession des designers et de ses alliés, pour ouvrir un débat culturel essentiel au cœur de notre société techno-industrielle.

La recherche de l’Université s’expose à la Biennale

A travers son initiative Arts, Recherche, Territoires, Savoirs (ARTS) et ses partenaires, l’Université Jean Monnet a souhaité s’engager activement dans cet évènement mobilisateur pour le territoire stéphanois, en élaborant une proposition culturelle ambitieuse incarnant ses missions :

  • Explorations Arts/Sciences : des recherches en partage : une exposition accompagnée d’un cycle de projection de films expérimentaux, du 8 au 17 avril 2022 au Bâtiment des forges, dont le commissariat est assuré par Gwenaëlle Bertrand et Rodolphe Olcèse, maîtres de conférences au département d’Arts plastiques, membres du laboratoire Eclla.
  • Sub-limis : l’héritage minier « rechargé » pour faire paysage autrement : une exposition présentée du 6 avril au 31 juillet 2022 au Parc-Musée de la Mine, dont le commissariat est assuré par Nathalie Siewierski (Parc-Musée de la Mine) et Georges-Henry Laffont (ENSASE / EVS).
  • Faire steel #3 : une exposition proposée du 8 avril au 21 mai 2022 à l’Antenne de l’ESADSE (Arcades de l’Hôtel de Ville) par Juliette Fontaine (ESAD / IRD) avec les Masters Altervilles et Enquêtes sociologiques.
  • Montages sauvages, paysans arriérés : une exposition proposée par Delphine Hyvrier, doctorante UJM/ESADSE, lauréate de la Bourse Arts x Sciences 2020 de la Fondation de l’Université Jean Monnet, du 13 avril au 24 juin 2022, au TEM-Press à Saint-Étienne.
  • Habiter les marges, habiter la cité : un événement scientifique organisé par Pascale Pichon (UJM / Centre Max Weber) à la Cinémathèque, les 3 & 4 mai 2022.
  • Responsabilité sociale et bouleversements écologiques : une journée d’étude interdisciplinaire en lettres, arts et arts appliqués, jeune recherche et jeune création, organisée le 1er juin 2022, par Marie Bouchereau, Delphine Hyvrier et Jonathan Tichit avec l’association alt.516, avec le soutien du Deep Design Lab, dans le cadre de l’exposition À l’intérieur de la production dont le commissariat est assuré par Ernesto Oroza dabs le cadre de la Biennale Internationale du Design 2022, Saint-Étienne.
  • En forêt  : une exposition à la salle des Cimaises, du 3 au 8 juin 2022, proposée à l’issue d’un workshop  organisé par Céline Cadaureille, Carole Nosella, Rodolphe Olcèse, Jacopo Rasmi du laboratoire Eclla, Xavier Wrona de l’ENSASE et Oscar Barnay, doctorant (Eclla / ENSASE).
  • Reconstitution numérique d’un paysage englouti, un retour avant la bifurcation : un film documentaire proposé par Michel Depeyre et Pierre-Olivier Mazagol du laboratoire EVS, avec le soutien de la MSH Lyon-Saint-Étienne, présenté au Bâtiment des forges/Centre des Savoirs pour l’innovation puis au Château d’Essalois, et projeté lors d’une rencontre prévue le jeudi 9 juin 2022 à 14h30 à la Cinémathèque de Saint-Étienne.
  • Sound and Music Computing 2022 : un événement multiforme autour de l’acoustique, la musique et des technologies audio qui aura lieu à Saint-Étienne du 4 au 12 juin 2022 et aura pour thème : Musique, Technologie et Design. SMC-22 combine à la fois une académie d’été (4-7 juin), deux conférences scientifiques (SMC du 8 au 11 juin et l’International Faust Conference du 7 au 8 juin), un festival (8-11 juin) et des activités de médiation (9-12 juin).

Pour aller plus loin :

Programme complet de la Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne 2022.

Explorations Arts/Sciences : des recherches en partage

Issues des arts plastiques, de l’art numérique et de l’art vidéo, les œuvres proposées se rassemblent autour de la thématique des interactions entre arts, sciences et technologies. Certaines pièces sont présentées sous leurs formes abouties, d’autres permettent de décortiquer les méthodologies de recherche-création en expérimentant les modalités du travail en train de se faire. La programmation a aussi été conçue pour refléter les interactions et bifurcations possibles entre arts et sciences du lieu-même qui accueille les œuvres, le Centre des savoirs pour l’innovation/Bâtiment des forges. L’exposition fait dialoguer des travaux d’artistes professionnels, des œuvres de jeunes diplômés et l’Université Jean Monnet et les productions de deux ateliers menés avec des étudiants (2020 et 2022).

La programmation associe cette exposition et un cycle de projection de films qui relèvent du documentaire, de la fiction et du cinéma expérimental.

Commissariat : Gwenaëlle Bertrand et Rodolphe Olcèse

  • Fred Périé, Interface malicieuse

    Performance associée à une résidence de création.

    Fred Périé est artiste. Il travaille dans le champ des arts numériques depuis une vingtaine d’années. Il développe notamment des dispositifs interactifs dans lesquels l’exposition de l’œuvre influe directement sur la forme.

    Une caméra en plan fixe capte la salle et ce qui s’y passe. L’état du dispositif numérique est défini par un ensemble de transformations des signaux captés, ainsi que les paramètres de réglage associés. Par sa présence ou en manipulant les matériaux et objets physiques présents dans la salle, le public interagit directement avec l’image projetée qui lui fait face. C’est le schéma de base d’une installation interactive. C’est pourtant une performance dont l’originalité réside dans le fait que, parmi les spectateurs, il y a un opérateur/performeur qui peu modifier l’état du dispositif par signes, attitudes ou gestes. Grâce à cette interface naturelle, il dirige le déroulement de la performance, jouant malicieusement avec la stabilité du système et créant la confusion entre ce que le public voit et ce qui se passe au présent dans la salle. En résultat un face à face avec l’image qui se veut un manifeste sur la question des dispositifs au sens large.

    Avec les soutiens du Dispositif pour la création Artistique Multimédia et NUmérique (DICRéAM), du Fonds de soutien à la création artistique numérique (SCAN), le laboratoire ECLLA et le Projet ARTS.

  • Sandra et Gaspard Bébié-Valérian, Humatker

    Sandra et Gaspard Bébié-Valérian travaillent en binôme depuis 2004. Artistes et curateurs, les problématiques qu’ils explorent touchent à l’environnement, à l’énergie, à l’alimentation, aux ressources naturelles et hyperindustrielles ainsi qu’aux enjeux de pouvoir constitutifs de notre société.

    Humatker est une sculpture évolutive, sonore et vivante. C’est une installation qui consiste en une colonne vertébrale, conçue à l’échelle réelle, placée dans un environnement quasi-étanche, c’est-à-dire une capsule faite de verre sur laquelle un organisme rampant, le myxomycète physarum polycephalum – ou plus communément appelé blob – croît, se déplace, explore les replis de chaque vertèbre. Suivant une logique et une efficacité implacable, l’activité du physarum, bien que directement visible par les traces déployées, est rendue perceptible par une sonification de ses mouvements, permise par des contacteurs électriques placés sur chacune des vertèbres. Les micro-signaux électroniques du physarum sont alors analysés en temps réel et déclenchent des modulations sonores basées sur les mantras de guérison.

    L’utilisation de la colonne vertébrale comme support de croissance se justifie par le souci de soulager l’humain par l’intermédiaire d’une entité non humaine. Cette pièce s’inspire de la médecine chinoise qui pense le corps et la santé selon des pôles regroupant propriétés physiques, physiologiques, environnementales, spirituelles et énergétiques. par analogie, le physarum opère comme médium de résolution des maux, cartographiés et localisés sur la colonne, à l’instar d’un médecin ou ostéopathe.

    Humatker est lauréat du 1er Prix de la Fondation Quo Artis.

  • Beat Lippert, Catastrophe

    Né à Lausanne en 1977, Beat Lippert étudie les arts visuels à la Haute École d’Art et de Design HEAD-Genève, entre 2003 et 2007. Son travail se développe simultanément dans le champ des arts plastiques (volume, vidéo, installation) et du design. Il a été exposé par diverses institutions en Suisse et en France (Kunstmuseum de Zurich, Mamco Genève, Frac Bretagne et Frac Lorraine, etc).

    Le tapis volant, un moyen de transport vers la recherche et l’imaginaire, pour susciter un changement de réalité. Le workshop mené avec les étudiants en arts plastiques et en design de l’université Jean Monnet envisage le plan (notamment le plan de l’espace d’exposition) comme l’accroche formelle avec la réalité. Au sein du plan, cet espace projectif, chaque étudiant est invité à développer sa manière d’appréhender la réalité à travers son travail plastique. Les contraintes de l’espace sont exploitées pour adapter le travail plastique de manière à ce que celui-ci finisse par gagner le terrain et créer une circulation dysfonctionnelle.

    Avec la participation de Océane Andres, Laura Bacquart, Polina Baranova, Titouan Clément Barral Baron, Flavie Basset, Élise Clavier, Nicolas Defrocourt, Johann Dubois, Julie Fombone, Jeremy Freyermuth, Jessy Gris, Lou Labadie, Laure Lambert, Corentin Malige, Émilie Novo, Louis Prévôt et Camille Tarlay.

  • Entre deux chaises, de Gwenaëlle Bertrand, Maxime Favard, Charlotte Laclau, Ievgen Redko, Deepakumar Logaiah Narayana Moorthy

    Gwenaëlle Bertrand (Eclla/UJM) et Maxime Favrad (ACCRA/Unistra) sont maîtres de conférences en design. Charlotte Laclau et Ievgen Redko sont maîtres de conférences en Machine Learning (LHC/UJM). Deepakumar Logaiah Narayana Moorthy est étudiant-stagiaire (Télécom Saint-Étienne).

    Primé en 2020 par la Fondation de l’UJM, ce projet de recherche fédère quatre enseignants-chercheurs des universités à la croisée du design de produit et de l’apprentissage profond (deep learning). Ce terrain de recherche et de pratique se fonde sur le modèle connexionniste qui, à l’aide de calculs simples mais en très grand nombre et connectés en réseau, permet à un système informatique de simuler un comportement intelligent. Ce projet interroge les manière d’environner les techniques et de déléguer certaines tâches aux algorithmes à partir d’un modèle – la chaise – objet emblématique d’étude et d’expérimentation du designer. Le principal enjeu de cette recherche-pratique est alors de trouver des tactiques et des compromis algorithmiques permettant de corréler l’automatisme statistique et le discernement humain. Plus fondamentalement, l’utilisation des réseaux génératifs adverses (GANs) dans la conception de produit, permet d’engager une réflexion sur notre responsabilité éthique car il semble essentiel que le développement de l’Intelligence Artificielle n’entraîne pas un dépossession des capacités et habiletés créatives des designers mais au contraire, qu’il permette une assistance à l’interprétation des données quantitatives. Dans le contexte d’une actualisation d’environnements techniques reposant majoritairement sur une automatisation et une dissimulation croissante des fonctionnements, cette recherche tente ainsi d’ouvrir une voie pour prendre part à ces transformations et saisir l’influence des technologies du numérique sur nos manières de concevoir et de produire.

  • Natalia Giraldo, Dendros

    Dendros est une pièce interactive réalisée par Natalia Giraldo (Réalisatrice en Arts Numériques UJM) en collaboration et des musiciens latino-américains et notamment colombiens tels que Savan, Frente Cumbiero, La Perla, Mitú, El leopardo et Tayta Bird ainsi qu’avec le soutien de la start up Led’s Chat, spécialisée en éclairage LED intelligent et connecté.

    Dans un univers pixelisé sur écran LED, Dendros propose une expérience audiovisuelle interactive : les mouvements des bras du spectateur invité à simuler ceux de la récolte avec une machette – outil indispensable et iconique des paysans et autochtones pour travailler la terre et cultiver la coca – activent le contenu audiovisuel. L’imaginaire collectif autour de la plante de coca, avec ses usages traditionnels, ancestraux et son rapport au folklore des Andes est confronté au processus de fabrication de la cocaïne. Dendros entend ainsi rendre visible la violence faite aux peuples autochtones et aux paysans, tout en soulignant le respect que mérite cette plante sacrée.

    Projet soutenu par la Fondation de l’UJM dans le cadre de la bourse Arts x Sciences.

  • Anne-Sophie Brunet, AURÉ

    Anne-Sophie Brunet, alias Sensartionnel, est artiste numérique, vidéaste et photographe. Diplômée de l’Université Jean Monnet (Master Réalisateur en arts numériques), elle continue de développer sa recherche artistique en artiste indépendante.

    AURÉ place au cœur de sa réflexion la notion d’aura. Considérée comme un pouvoir sensoriel mystique que seuls les chamans peuvent acquérir, ce concept ésotérique a été longtemps questionné autant par les scientifiques que par les artistes. Les croyances divergent et beaucoup affirment que cette manifestation neurologique fait appel à un phénomène synesthésique profondément lié aux émotions. AURÉ interroge ces notions en faisant apparaître l’aura comme un champ énergétique sous la forme d’une couleur qui enveloppe l’entièreté du corps. Le visiteur devient alors acteur de l’espace et interagit avec son aura par le prisme de l’art numérique. 

  • Ombline Touzet, Mise à nu

    Ombline Touzet explore la photographie de nu et le transfert d’encre de journal sur le corps depuis la troisième année de Licence d’Arts plastiques. Elle a poursuivi l’exploration de ces techniques dans le cadre de son master Arts numériques, dans le cadre d’une recherche portant principalement sur les questions liées à la projection et à l’accumulation.

    Mise à nu est une série de photographies en noir et blanc qui explore différentes facettes des médias informationnels, au prisme de leurs effets sur une intimité personnelle. Récits médiatiques et histoires intimes du modèle se rencontrent autour de la recherche d’une nouvelle forme d’inscription, qui vise à configurer plastiquement la manière dont l’information affecte nos corps.

  • Collaboration pédagogique interdisciplinaire

    De septembre à décembre 2020, les étudiants du Master Design, Métiers d’art et industrie de l’UJM ont collaboré avec des élèves ingénieurs de Télécom Saint-Étienne en vue d’élaborer des projets à la croisée du design, de l’informatique et de l’électronique. Deux des cinq projets expérimentaux seront présentés, avec le soutien du Projet ARTS et de Télécom Saint-Étienne.

Eye see you

Marion Caccia,  Enzo Chausse, Vincent Comte, Alice Lotodé, Loris Pechillon, Mathilde Romand, Roxana Soos, Dylan Vadot.

A l’heure de la survisualisation et sursignification, le regard est en passe de devenir la future mine d’or des marketeurs. Nos visages et notre regard n’ont jamais autant été exploités. Eye see you cherche à dévoiler ces techniques d’ « eye-tracking » – études du regard et des comportements oculaires – qui manipulent et qui font bifurquer notre attention, au profit de la surconsommation. Eye see you épie le regard et le montre grâce à un dispositif de captation du visage. Le visiteur est amené à interagir avec un paysage graphique qui se transforme : des éléments s’amplifient, se saturent et finissent par manger l’espace virtuel.

WIKIPEDIA, category : X, degree Y

Alex Alaniesse, Emile Barbier–Renard, Soufiane Benbah, Aleksander Gautier,  Marie Gresset, Pierre Jaingueneau, Abdel-Rahim Mezidi, Marie-Amélie Paquin.

Ce projet, proposant de réfléchir stricto sensu à la bifurcation, interroge nos parcours sur internet. Comment révéler ces chemins que nous empruntons au gré des suggestions faites par des algorithmes ? L’installation donne à voir ces sérendipités par l’association de couleurs aux données d’un programme qui déambule de son propre chef sur Wikipédia. Quelle meilleure interface pour se perdre qu’une encyclopédie – réunissant par définition l’ensemble des savoirs humains ? Un paysage de pixels colorés se dessine d’article en article, donnant à voir une version abstraite et décontextualisée des données et se positionnant à l’inverse de la tendance générale qui vise à analyser et faire fructifier la DATA. D’une apparente radicalité, l’œuvre s’offre simplement au regard du spectateur.

Contact : projet-arts @ univ-st-etienne.fr

Informations pratiques

Adresse : Bâtiment des Forges, 11 rue du Docteur Annino à Saint-Etienne

Horaires : ouvert du mardi au dimanche (fermé le lundi), de 11h à 18h.

Rencontre avec les artistes : le vendredi 8 avril, à 14 heures.

Vernissage : le vendredi 8 avril, à 17 heures.

Gratuit et ouvert à tout public, sur présentation du passe vaccinal.

Cycle de projections

Pour accompagner l’exposition Explorations Arts/Sciences : des recherches en partage, nous organisons une série de projections.

La bifurcation y sera interrogée à la fois du point de vue formel et narratif. Les films proposés mettent en place des dispositifs optiques (Orientations et Dénouement d’Ismaïl Bahri) ou techniques (Ettrick de Jacques Perconte) permettant de faire surgir des changements de trajectoires dans le processus filmique lui-même. Les fictions et documentaires proposés cherchent quant à eux à mettre en scène des situations imprévues qui, si elles peuvent sembler ne pas modifier le mouvement dans lequel est engagé le film, en transforment radicalement le visage et l’atmosphère (La Diagonale du vide de Guillaume Ballandras).

Les séances gratuites auront lieu dans le grand amphithéâtre du Bâtiment des forges. Elles seront suivies d’une rencontre-débat avec le(s) cinéaste(s) programmé(s).

Programmation :

  • Séance #1 : Films produits par le Groupe de Recherches et d'Essais Cinématographiques

    Guillaume Ballandras, La Diagonale du vide (2015, 28’)

    Une odyssée dans les zones périphériques de la France, d’un personnage à un autre. Exploration péri-urbaine, un territoire reconstruit. Heureusement, l’amour existe. Dans cet itinéraire construit avec un sens de la patience et de la durée, Guillaume Balandras nous invite à arpenter les environnements les moins remarquables du quotidien, mais dont la capacité à étonner reste pleine et entière pour le regard qui veut bien leur donner son attention.

    Martina Magri, La Tentation de la forteresse (2017, 12’)

    Un jour j’ai été surprise par une image. Un détail. C’était un homme dans un chantier. Il était au bord du cadre, éloigné du centre de l’action. Le point n’était pas sur lui, on pouvait voir à travers son corps. Il semblait m’appeler. Mais je n’entendais pas sa voix. L’homme venait de loin. Jeté dans le ventre de la terre, il marchait en silence au milieu d’une construction qui gardait la trace de ses mains.

    Joséphine Drouin Viallard, L’Indien de Guy Moquet (2020, 27’)

    Il y a un homme étrange dans la rue. Il secoue son téléphone vers le ciel. Puis le regarde intensément. Puis le secoue à nouveau. La filmeuse veut savoir pourquoi. Le film de Joséphine Drouin Viallard pose une situation cinématgraphique ouverte aux possibles, que l’on ne peut appréhender sans envisager conjointement l’ici et maintenant du film et son hors champs incompréhensible.

    + d’information sur la séance #1

  • Séance #2 : Jacques Perconte, Ettrick (2015, 57’)

    Le chemin que nous prenons mène au cœur de la forêt d’Ettrick. C’est une plongée dans une terre textile que nous entreprenons. Une terre où l’homme, la machine et la nature entretiennent une relation complexe qui dessine leur avenir. Ettrick trame les matières et les échelles pour interroger les usages du monde et du technique, dans une démarche simultanément critique et plastique.

    Production : Too Many Cowboys, Alchemy films and Arts, Jacques Perconte.

    + d’informations sur la séance #2

  • Séance #3 : Fabien Zocco et Gwendal Sartre, Attack the Sun (2019, 64’)

    Attack the sun est un film dont les dialogues ont été générés par une intelligence artificielle au cours même du tournage. On y suit la dérive de Steven Moran, un jeune californien paraissant sombrer dans la folie. À travers l’œil artificiel de son smartphone, il essaie d’atteindre ce soleil obsédant, et toutes ces jolies filles qu’il ne peut toucher.

    Production : Nuits Blanches Productions, en coproduction avec l’Espace Croisé – Centre d’art contemporain. Avec la participation du DICRéAM, de Pictanovo et du Fresnoy  studio national des arts contemporains. Avec le soutien de la Région Haut de France.

    + d’informations sur la séance #3

  • Séance #4 : Philippe Fernandez, Léger tremblement du paysage (2008, 85’)

    Une petite communauté humaine vivant tranquillement quelque part aux premiers temps de la conquête spatiale, confrontée à un phénomène naturel inattendu qui bousculera la vision de chacun sur le cours des choses.

    Production : Ostinato Production (Virginie Bonneau & Benoit Saison), avec la participation du CNC, le soutien de la Région Aquitaine, de la Région Poitou-Charentes, du département de la Charente Maritime, de la Maison du Film Court, de la PROCIREP, de l’ANGOA AGICOA, et l’aide à la post-production de la Région Ile-de-France. 

    + d’informations sur la séance #4

  • Séance #5 : Ismaïl Bahri, Orientations (2010, 20’) et Dénouement (2011, 8’)

    La vidéo Orientations est composée d’un plan séquence filmé en caméra subjective retraçant une déambulation dans la ville de Tunis. Le hors-champ reflété dans un verre rempli d’encre sert de boussole, de flotteur illusoire à un cheminement funambulesque. Dans ce dispositif optique très simple, l’apparition de fragments de la ville oriente, tend un horizon.

    Dénouement s’organise autour d’un cadre blanc scindé par un trait noir vibratile. L’espace, d’abord indécidable, manifeste ses qualités progressivement, lorsqu’un corps apparaît au fond de l’écran, relié à la caméra par un long et mince fil tendu. 

    + d’informations sur la séance #5

Contact : Rodolphe Olcèse

Pour aller plus loin :

Programme complet de la Biennale internationale de design de Saint-Etienne 2022.

Reconstitution numérique d’un paysage englouti : un retour avant la bifurcation

La mise en eau, en 1957, du barrage de Grangent marque une triple bifurcation :

  • Celle dans la politique énergétique de l’état, au sortir de la seconde guerre mondiale, dans le contexte de la reconstruction de la France, avec un besoin croissant en électricité ;
  • Celle dans la trajectoire d’un territoire dont l’activité socio-économique qui est bouleversée ;
  • Celle dans une supposée stabilité d’un paysage qui se retrouve pourtant transfiguré.

D’une certaine façon, ce barrage (à l’instar de tous ceux construits partout dans le monde) est un des symboles pour le territoire (avec d’autres comme les crassiers) de son basculement (sa bifurcation) dans (vers) l’anthropocène : le plan d’eau modifie drastiquement le relief et les boues, en sédimentant, créent doucement une nouvelle strate, probablement polluée.

Engloutissement, pollution, la section des Gorges de la Loire impactée n’est autre qu’un site sacrifié sur l’autel de la modernité : site sacrifié par la modernité (nouveau moyen de production de masse) pour la modernité (alimentation en électricité de nouvelles pratiques industrielles et domestiques).

Michel Depeyre et Pierre-Olivier Mazagol, du laboratoire EVS UMR 5600 de l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne, ont créé, dans le cadre d’un projet financé par le Labex IMU, une reconstruction numérique 3D du paysage des Gorges de la Loire et de son patrimoine industriel tel que disparu en 1955 alors même que l’ouvrage était en construction, qui peut être perçue comme un instantané acquis au moment même de ces bifurcations. Il ne s’agit pas là d’un instantané statique mais, au contraire, très dynamique, que l’on peut parcourir, interroger, grâce au stockage des informations dans la base de données géographiques associée, support de leur archivage à l’échelle du territoire impacté par l’ennoiement.

Cette reconstitution 3D permet donc de (re)découvrir le territoire tel qu’il n’existe plus et, malgré son aspect dynamique, de le figer. Elle se propose comme un antidote paradoxal, car illusoire mais efficace, à ces bifurcations pensées et choisies par les décideurs, mais subies, puis acceptées, par les habitants et les usagers des lieux (ouvriers, clients, baigneurs, jouteurs…).

Or ceci est important pour le territoire/paysage disparu. En effet si, après plus de 60 ans, il suscite l’acceptation par les nouveaux usagers des lieux que sont les baigneurs (toujours), plaisanciers, promeneurs à la recherche de points de vue remarquables sur le lac… il n’en suscite pas moins une certaine nostalgie comme le montrent les nombreuses visites du site lorsque les variations du niveau de l’eau ramènent le passé à la surface.

Et, la réalité augmentée et la réalité virtuelle immersive ne pourront que décupler cette possible fonction substitutive de la modélisation 3D à la réalité disparue. Ces nouvelles technologies de visualisation et de virtualisation, ne permettent-elles pas elles même, dans un sens, un nouveau type de bifurcation ?

La valorisation de ce travail scientifique comprendra deux volets :

  • Film documentaire

    Le film documentaire a été élaboré à partir de ce travail scientifique de reconstitution numérique 3D de la vallée, associé à des documents d’archives, avec le soutien de la Maison des Sciences de l’Homme de Lyon – Saint-Étienne qui a assuré la production de cette vidéo.

    Cette vidéo sera présentée au Bâtiment des forges situé 11 rue du Docteur Annino à Saint-Etienne, du 8 au 17 avril 2022 (ouvert tous les jours de 11h à 18h, fermeture le lundi 11 avril).

  • Projection suivie d'un débat

    Une projection-rencontre sera également organisée le jeudi 9 juin 2022 à 14h30 à la Cinémathèque de Saint-Etienne.

    Y seront présentés, ce film documentaire mais également une storymap conçue par le laboratoire EVS pour « mettre en relief » la maquette 3D, ainsi qu’une série de films d’archives pour une remise en contexte locale et générale.

    Cette projection sera suivie d’un débat en présence de Michel Depeyre et Pierre-Olivier Mazagol.

  • Exposition au Château d'Essalois

    Ce film documentaire sera également diffusé dans le cadre de l’exposition permanente du Château d’Essalois.

Pour aller plus loin :

Programme complet de la Biennale internationale de design de Saint-Etienne 2022

Habiter les marges, habiter la cité

Événement scientifique piloté par Pascale Pichon, sociologue à l’Université Jean Monnet (Centre Max Weber CNRS, Saint-Etienne), en partenariat avec la Cinémathèque de Saint-Etienne, le réseau « Aux frontières du sans-abrisme ». 

Objectifs principaux :

  • Explorer la thématique des bifurcations de l’habitat à ses marges en s’intéressant plus spécifiquement aux types d’habitats transitoires, temporaires, précaires, regroupés ici sous les termes « d’habitat passager » et prendre en compte l’une des conditions de l’hospitalité urbaine. La notion de « bifurcation » est entendue ici au sens anthropologique des jalons historiques de l’habiter humain : nomadisme/sédentarité, campement/maison, village/ville, immigration/migration… ;
  • Considérer et mieux appréhender les modes d’habitat passager que sont le camp, le campement ou le baraquement, le bidonville, la favela, le camping … Ces modes d’habitat passager, datés historiquement eu égard aux contextes politiques et géopolitiques, sont paradoxalement, dans de nombreux cas, stables à l’échelle d’une vie ;
  • Explorer les problèmes publics qu’ils recouvrent au niveau de l’hospitalité urbaine, les solutions qu’ils donnent à voir et les visées prospectives qu’ils enseignent et ainsi considérer la dimension proprement humaine de l’habiter dans ces architectures de la précarité;
  • Présenter les premières conclusions d’une enquête socio-historique au niveau local : celle du camping Chantegrillet à Saint-Étienne depuis son origine au milieu du XXe siècle jusqu’à sa fermeture, puis la métamorphose du site en campement d’urgence.
  • Rencontre en avant-première

    Une rencontre entre Pascale Pichon et Nicolas Baby sera proposée en avant-première, le vendredi 15 avril 2022 de 16h à 18h, au cœur du parcours des bifurcations, dans le théâtre de la Biennale.

  • Projection du film Bidonville : architectures de la ville future de Jean-Nicolas Ohron, Québec, Canada, 2013 (1h22).

    Le documentaire Bidonville : architectures de la ville future propose une réflexion sur la problématique du logement à l’ère de la surpopulation des villes en nous révélant un point de vue sociologique et philosophique sur les constructions à échelle humaine.

    Séance présentée par Pascale Pichon.

  • Le camping Chantegrillet de Saint-Étienne

    L’enquête socio-historique conduite sur l’ancien camping municipal Chantegrillet de Saint-Étienne, de sa création jusqu’à sa fermeture, a été prétexte à une exploration sur les modes d‘habitat passager. Que signifie habiter lorsque l’on vit dans un habitat provisoire ou précaire, dans un campement, en camping ? Cette journée de projections et de présentations de travaux scientifiques nous entrainera sur les traces de l’habitat aux marges de la cité à Saint-Étienne et ailleurs : bidonville, camping et campement d’urgence. Une exploration des continuités et discontinuités historiques : un retour fers le futur ?

    Journée ponctuée par la projection des films d’archives de la Cinémathèque : Chantegrillet (1961), Bidonville du champ de Mars (1962)… présentés par Pascale Pichon, sociologue, Université Jean Monnet, Centre Max Weber CNRS, Saint-Étienne, avec la participation des chercheurs du réseau « Aux frontières du sans-abrisme » et de professionnels du logement très social et de l’hébergement (SIAO). »

Pour aller plus loin :

Programme détaillé de la manifestation prévue les 3 et 4 mai 2022.

Sub-limis : l’héritage minier « rechargé » pour faire paysage autrement

Exposition au Parc-Musée de la Mine dans le cadre de la Biennale Internationale Design 2022.
Commissariat : Nathalie Siewierski (Parc-Musée de la Mine) et Georges-Henry Laffont (EVS-ENSASE).

Saint-Étienne a puisé dans son sous-sol les ressources (houille, minerais, eau) qui lui ont donné une prospérité économique. Aujourd’hui, dans ce territoire post-minier, l’enjeu est d’accompagner son renouveau en l’inscrivant dans les transitions écologiques, économiques, sociétales, culturelles de l’Anthropocène. Dans ce contexte, la gestion des restes, traces, empreintes de la mine, témoins d’une économie productive et d’une société industrielle plus que questionnées quant à leur soutenabilité, a longtemps oscillé entre deux tentations : l’effacement ou la transformation ; l’invisibilisation ou la muséification. Or, aujourd’hui, la société post-carbone appelle à d’autres soins du territoire, notamment une attention à tout ce qui, dans et par l’héritage matériel et immatériel minier, fait lien entre les membres d’une société localisée, entre eux et l’environnement dans toutes ses dimensions et composantes, entre société locale et monde dans sa diversité. Avoir soin et entretenir pour faire milieu appelle à recharger l’héritage minier de nouveaux sens et usages, de nouvelles valeurs et relations. 

Dans le dialogue avec la patrimonialisation portée à Couriot/Musée de la Mine depuis 30 ans, il s’agit de susciter des questionnements et des rencontres par une exploration des manières dont s’incarnent, sur le territoire post-minier de Saint-Étienne, les problématiques, les enjeux et les « tremblements du monde ».

L’exposition est organisée autour de trois thèmes :

  • les rapports au vivant (animal, végétal ou « en nous ») ; 
  • le double imaginaire de l’affirmation des limites (humaines, planétaires, specistes) et de leurs transgressions par la technique ; 
  • l’habitabilité du monde.

Entre la chute de l’Homme annoncée par l’Anthropocène et une possible ascension qui reste encore à réaliser, cette exposition se veut un moment en suspension nouant des dialogues entre « usages » et « symbolique » où l’héritage minier devient le terreau idéal pour fonder de nouveaux imaginaires et de nouvelles valeurs individuelles et communautaires. Interpelant la modernité à sa manière et par conséquent la société industrielle, cette exposition invite non seulement à reconnaitre certaines conséquences du projet moderne mais à reprendre les principes idéologiques qui l’ont fondé, à en déconstruire les présupposées anthropologiques, ontologiques, épistémologiques et politiques. 

Ainsi pensé et vécu non plus uniquement et principalement comme mémoire mais comme expérience, l’héritage minier nous permettra de « suivre les fils emmêlés de tout ce qui fait le tissu compliqué du monde, les trames qui attachent les uns aux autres, non seulement les humains, la terre, les autres espèces, les éléments biologiques, mais aussi les artefacts, les technologies et les objets mêlés, et encore les langues, les esprits, les fantômes, bref, tout ce qui, humain et non-humain, ‘habite’ ce monde » pour reprendre les propos de Florence Cayemaex dans son ouvrage « Habiter le trouble avec Dona Haraway ».

Équipe : Georges-Henry Laffont (EVS-ENSASE), Oscar Barney (ECLLA, ENSASE) et Guillaume Benier  (ENSASE), Paul Roth (ENSASE) et les étudiant.e.s de seconde année de licence de l’ENSASE.

Pour aller plus loin :

Programme complet de la Biennale Internationale Design 2022